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COLLECTION DURAND-BARRÈRE
ART AFRICAIN
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des resultats (total 674,929€)
La collection Durand-Barrère : une collection discrète
Constituée dans les années 1950 en Afrique de l’Ouest à partir de Dakar, à l’initiative d’une jeune enseignante française
fascinée par les Arts Nègres depuis l’exposition coloniale de 1931, cette collection est restée dans la famille des
collectionneurs jusqu’à ce jour en Béarn. Elle n’en est sortie,
partiellement, qu’en deux occasions - en 1961 lors de l’exposition de Pau Sculptures de l’Afrique Noire organisée
en grande partie par la famille Durand-Barrère et par Jacqueline
Delange, chargée du Département d’Afrique Noire au Musée de l’Homme et en 1964 lors de l’exposition Senufo
sculpture from West Africa organisée à New York par Robert
Goldwater au Museum of Primitive Art, où deux pièces senoufo de la collection furent prêtées.
Cette collection d’environ quatre-vingt pièces présente une variété d’objets d’origines et de styles remarquable, constituant
des groupes ou des ensembles distincts provenant
en majorité d’Afrique de l’Ouest, voire aussi de quelques pièces d’Afrique centrale. Sont ainsi représentés les grands
peuples sculpteurs du Mali, de Côte d’Ivoire, de la côte de
Guinée et du Sierra Leone, et à travers quelques objets ceux du Ghana, du Bénin et enfin du Gabon.
L’art dogon, l’art senoufo, l’art lobi, l’art mende, sont présents ici à travers des oeuvres majeures d’une extrême
ancienneté, toutes choisies avec passion. Les grandes statues deble, au nombre de quatre, sont les pièces les plus
frappantes au premier regard. Ces sculptures imposantes ont presque toutes été sauvées des iconoclastes de la secte
du Massa sévissant en pays senoufo dans les années 1950 par deux religieux français, les Pères Clamens et
Convers, passionnés de culture africaine ; nombre d’objets
furent retirés des flammes de justesse, d’autres encore devaient être débités comme bois de chauffage.
Sceptre
ou haut de canne Dogon
Mali
Bois dur, patine croûteuse épaisse
H. totale : 63 cm, figurines : 33 cm
Estimation : 40 000 / 60 000 !
Résultat: 64 438€
Des antiquaires eurent aussi la chance de parcourir ces régions à la même époque et à l’instar des deux religieux français purent
sauver des pièces exceptionnelles, aujourd’hui dans les grands musées internationaux, qui ne sont pas sans rappeler
les statues senoufo de la collection Durand-Barrère. Les pièces dogon, si elles sont de plus petites tailles et moins
spectaculaires, sont néanmoins d’une ancienneté et d’un archaïsme stupéfiant : l’une tout particulièrement - une
sculpture janus érigée sur une sorte de sceptre - apparaît comme un objet unique à ce jour dans le vaste corpus dogon, sa patine pétrifiée peut laisser raisonnablement penser
que cette pièce remonte à plusieurs siècles.
Autre
ensemble remarquable celui des statues lobi aux corps fortement charpentés si reconnaissables, taillés dans des bois
durs comme du fer.
De ce vaste ensemble du Mali et de Côte d’Ivoire citons encore des masques et des statuettes
dan, baoulé, gouro et lagunaires, ce petit groupe du sud ivoirien ayant produit des figurines extrêmement rares.
Autre série exceptionnelle par son histoire et par sa qualité, celle des masques soweï mende du Sierra Leone au
nombre de neuf, tous très anciens et laqués par la patine
d’usage ; ils sont les seuls masques africains faits par des femmes et pour des femmes !
Et aussi du lointain Gabon que nos collectionneurs ne visitèrent
qu’en pensée, nous trouvons une belle tête de reliquaire kota, des masques blancs évoquant les mannes de
jeunes filles disparues à la beauté légendaire et particulièrement un rare masque punu-tsangui au visage sensuel balafré
de profondes scarifications polychromes.
Statue féminine deble
Senoufo
Côte d’Ivoire, région de Korhogo
Bois dur, patine d’usage ancienne
H. : 115 cm
Estimation : 300 000 / 500 000 !
Résultat: 322
192 €
La collection est en grande partie constituée d’objets géographiquement proches du lieu de résidence des Durand-
Barrère, le Sénégal et sa capitale Dakar, haut lieu de la culture
négro-africaine de l’époque. Il était alors facile en train de rallier Dakar à Bamako via Kayes, et une fois sur place de
partir en brousse en pays dogon ou bambara chercher des
objets dont beaucoup étaient déjà tombés en désuétude.
Paire
de statues deble Senoufo
Côte d’Ivoire
Bois dur érodé
H. : 119 cm et 116 cm
Estimation : 200 000 / 300 000 !
Résultat: Invendu
Une époque bénie pour les collectionneurs qui étaient presque tous des découvreurs, et où tous les objets étaient
authentiques ! Pas besoin alors d’être un spécialiste, il suffisait d’avoir l’oeil et le goût !
À cette époque, il existait pourtant aussi des antiquaires africains locaux ou des rabatteurs venus d’autres contrées
qui savaient fort bien s’occuper de ce marché naissant mais en pleine expansion ; nombre d’entre eux passaient par
Dakar avec leurs objets avant d’embarquer pour l’Europe et l’Amérique pour tenter leur chance. Il est très probable que
les Durand-Barrère acquirent sur place des objets venant d’ailleurs, de Guinée, du Ghana et du Gabon. De retour en
France à Pau, au début des années 1960, leur collection est donc déjà constituée, elle est très certainement la plus
importante de tout le sud-ouest en nombre de pièces, plus de deux cents, et en qualité : plusieurs objets sont d’authentiques
chefs d’oeuvres. Il y avait alors dans la région un noyau actif de collectionneurs passionnés qui comme tout
groupe de collectionneurs se recevaient et comparaient leurs découvertes ; mais encore une fois aucune collection
ne pouvait là prétendre à égaler l’ensemble constitué à Dakar.
Les Durand-Barrère faisaient partie de ce groupe, y occupant une position prépondérante, à tel point qu’ils
furent les initiateurs et les principaux prêteurs de la belle exposition de 1961 au Musée des Beaux-Arts de Pau. La liste
des participants est impressionnante, on trouve là les noms des acteurs les plus prestigieux de l’époque, de la région
certes - les Corman, les Sempé et d’autres anonymes - mais aussi les grands Musées français et l’élite de Paris : Charles
Ratton, Pierre et Claude Vérité, Henri Kamer, Jean Roudillon et Olivier Le Corneur, René Rasmussen.
Les objets de la famille Durand-Barrère étaient en bonne place, plus de soixante-dix au catalogue, et en bonne compagnie.
Le catalogue de cette exposition, devenu aujourd’hui un ouvrage rare, outre le fait qu’il présente de belles pièces
dont beaucoup sont tombées dans l’oubli, est un travail didactique remarquable à mettre au crédit de Jacqueline
Delange – les peuples et leurs objets ont chacun droit à des notices explicatives pleines de concision et de clarté.
L’auteur dans l’introduction note, non sans malice, que les collectionneurs, quoiqu’ils en disent, ont quand même
besoin du secours de l’ethnologie pour conforter leurs masque de société d’initiation, ce qui en lui n’est que l’expression
obligatoire d’un certain nombre de symboles... et où commence l’invention du sculpteur ? C’est peut-être sur
ce point que l’amateur amoureux de la forme ne peut dédaigner la réponse de l’ethnologue à la recherche du contenu ».
Autre exposition historique prestigieuse où figure le magnifique couple deble senoufo, celle de New York : il est probable
que les Durand-Barrère furent mis en contact avec
Robert Goldwater par Jacqueline Delange.
La vente de cette collection permet de remettre en mémoire de belles pages de l’histoire de l’art africain en
France et d’offrir aux collectionneurs d’aujourd’hui un regard
sur le travail discret et patient des Durand-Barrère. Voici dévoilés des objets rares, beaux, sains, et de belle provenance
: tout est réuni pour rendre ces objets désirables.
Pierre Amrouche
Masque
Punu-Tsangui
Gabon
Bois polychrome : rouge de padouk,
noir pyrogravé et blanc de kaolin
H. : 32 cm
Estimation : 30 000 / 40 000 !
Résultat: 30
980 €
EXTRAIT DE L’INTRODUCTION
AU CATALOGUE DE L’EXPOSITION PAR JACQUELINE DELANGE
[…] L’histoire même de cette recherche concernant les arts de l’Afrique
sud-saharienne n’est qu’une longue et passionnée aventure scientifique qui
vacille, perd pied, se reprend, s’enrichit, s’affermit, stagne, se reperd et
se retrouve à nouveau sur des bases toujours plus solides, oscillant entre
quatre pôles, l’histoire, l’ethnographie, la psychologie, et l’esthétique.
Aujourd’hui, les grands ensembles stylistiques se voient catalogués en
multiples sous-styles, révélant à leur tour leurs propres variations et
mettant finalement en évidence non seulement l’existence de styles
villageois, mais celle de styles propres à une famille et même de styles
personnels.
Parallèlement la fonction de ces objets (merveilles plastiques ou simplement
exemplaires corrects d’un artisan local) cesse d’être vague. Les mécanismes
sensibles et ordonnés des groupes sociaux apparaissent mis à nu par des méthodes
d’enquêtes scrupuleuses, et l’objet d’art se présente comme un rouage
bien ou mal défini de ces mécanismes.
Au milieu de tout cela, que deviennent le collectionneur, l’amateur,
l’admirateur de passage ? Plus d’une vocation à réunir pour son propre
usage des pièces d’art africain date de cette belle époque à laquelle nous
faisions allusion ; ces vocations sont restées non seulement fidèles mais
elles se sont développées avec le temps.
Ces dernières années les collectionneurs sont devenus plus nombreux : on les
rencontre un peu partout dans le monde. […] peut-on dire que les relations
entre l’objet et son propriétaire se soient transformées ? Ces contacts
sont-ils restés strictement esthétiques ? N’oublions pas que le masque
cubique des Guéré de la forêt guinéenne ou le masque ovoïde des Dan n’ont
été aimés que pour leur perfection plastique, pour leur intérêt expérimental
ou pour l’agréable sensation de dépaysement qu’ils procuraient !
Aujourd’hui beaucoup de collectionneurs insistent encore sur le fait qu’ils
répugnent à ajouter au seul plaisir de la contemplation une quelconque
connaissance ethnologique, laquelle ne pourrait en définitive, pensent-ils,
leur apporter aucune satisfaction supplémentaire […] Si des expositions comme
celle-ci, en élargissant la connaissance des arts plastiques africains, ne
devait en même temps contribuer à révéler auprès d’un public étranger à
ces choses, la qualité des cultures à l’intérieur desquelles ont pu naître
et évoluer ces objets d’art, le but de ces expositions ne serait pas atteint.
L’extraordinaire présence d’une grande statue Sénoufo ne répond-elle pas
à la mise en place secrète d’une école d’initiation ? La géométrie étrange
des faces de masques Dogon, faces rectangulaires à double cavité verticale séparées
par une cloison formant nez, la bouche souvent absente, ne recouvre-t-elle pas
toute une mythologie ? Ce qui doit être considéré comme remarquable dans les
collections présentées par le Musée des Beaux-Arts de la Ville de Pau,
c’est (outre l’importance et la qualité des collections locales auxquelles
se joignent des prêts de pièces “rares” et précieuses) leur agencement en
séries homogènes.
Le plus souvent, le public n’a été sollicité que par des différences entre
grands centres de style, ce témoignage des variations propres à un même type
d’objet se limitant en général à la présentation de quelques antilopes
Bambara et de quelques masques Dan.
La très belle série de masques cloches Mendé, celle, également de très
haute qualité, des masques “blancs” de l’Ogooué, l’ensemble
exceptionnel de poulies de métier à tisser Gouro, l’excellent panorama de
sommets de coiffure Bambara concourent à démontrer de façon éclatante la
riche diversité de ces arts trop souvent considérés comme étant à la
remorque d’impératifs étrangers à la création esthétique proprement dite.
Où s’arrête donc, dans un masque de société d’initiation, ce qui en lui
n’est que l’expression obligatoire d’un certain nombre de symboles : la présence
et le nombre de cornes, le bombement du crâne, la forme de la gueule, le port
de matériaux annexes (crochets, clochettes, fruits, étoffes, poils,…) … et
où commence l’invention du sculpteur ? C’est peut-être sur ce point que
l’amateur amoureux de la forme ne peut dédaigner la réponse de
l’ethnologue à la recherche du contenu.
J. DELANGE Chargée du Département d’Afrique Noire au Musée de l’Homme
LA PASSION D’UNE VIE…
Ma mère, Zulma Barrère, avait 16 ans à la mort de sa mère. Elle vécut alors
avec son père et une jeune soeur. Mon grand-père était propriétaire terrien
béarnais, fils de médecin, sédentaire et passionné par les récits de
voyage. Il invitait à sa table ceux qui rentraient de “l’étranger”.
Déplacements commerciaux, expéditions scientifiques ou simples villégiatures
faisaient office de laissez-passer. L’un de ses hôtes fit cadeau à ma mère
d’une surprenante poupée noire.
Mon grand-père avait décidé que ses filles auraient pour seule dot un métier.
C’est ainsi que ma mère devint enseignante.
Elle a 20 ans et l’exposition coloniale de 1931 la fait rêver. Elle convainc
son père de sortir de sa vallée et de l’y accompagner. L’escapade doit
durer une semaine ; ma mère veut tout voir, tout découvrir de la capitale et
de l’exposition.
Elle est subjuguée par les pavillons d’Afrique et d’Océanie.
Le dernier jour, elle échappe à la surveillance de son père pour retourner
admirer les masques africains.
Au détour d’une galerie, elle croise Robert Durand, un jeune franc-comtois,
fils de notaire qui se destine, à contrecoeur, à la profession paternelle
comme clerc.
Ils se découvrent un même enthousiasme pour ces figures d’un monde étrange
et exotique.
Le jeune homme lui laisse sa carte de visite et lui arrache la promesse d’une
correspondance.
De retour en Béarn, Zulma enseigne.
Elle repousse plusieurs demandes en mariage pour rester près de son père qui
vieillit et pour garder son indépendance. La guerre survient et rapidement la débâcle
lance les réfugiés sur les routes de France. Robert Durand qui n’a pas oublié
Zulma, arrive en Béarn. Il lui fait une cour assidue, mais la jeune femme le
repousse pour ne pas quitter son père. Les années passent, la guerre est finie
et Robert, aventurier, s’embarque alors pour l’Afrique où il devient
fonctionnaire de l’aviation civile à l’aéroport Yoff à Dakar. Il écrit
à ma mère : “je vous attends sur cette terre africaine dont nous avons si
souvent rêvé ensemble”. Elle lui répond : “mon père décline chaque
jour, après sa mort, si vous le désirez toujours, car je ne suis plus jeune,
je vous rejoindrai”. Un an plus tard, il rentre en France pour l’épouser.
Commence alors une aventure qui durera treize ans sur le continent africain. Ma
mère devint enseignante et directrice d’école.
Les classes accueillaient les enfants blancs et les enfants noirs. A ma
naissance, mes parents engagent une fatou pour veiller sur moi. Les souvenirs de
sa voix, de son odeur et de la douceur de sa peau ont accompagné toute ma vie.
Notre maison accueille les artistes, les intellectuels et les diplomates de
passage dans la colonie française. Il y a Joseph Zobel qui vient d’écrire La
rue case-nègre, Lucien Mauny agrégé de philosophie en poste à l’IFAN
(Institut Français d’Afrique Noire), Raymond Gélibert, agrégé de
philosophie comparée et directeur de l’Institut Français de Pondichéry.
L’attrait de mes parents pour l’art africain n’a pas faibli. Ils partent
en brousse à la recherche de villages dans lesquels les “rabatteurs” leur
ont signalé des oeuvres remarquables. Ils m’emmènent parfois et les palabres
ne me semblent pas longues quand je peux goûter, en cachette, ce qui bouillonne
dans les marmites et que ma mère m’interdit de manger. Leur curiosité
n’est pas seulement esthétique comme c’est souvent le cas à l’époque.
Ils désirent aussi connaître l’histoire et la fonction des objets. Ma mère,
dans l’ombre, est acharnée pour cette collecte de masques et statuettes.
Au retour, elle déballe les trouvailles, les accroche aux murs et en entrepose
dans ma chambre.
Comme je n’ai ni frère ni soeur, les masques et les statues deviennent des
dieux ou des démons, les fétiches des personnages qui s’animent autour de la
poupée noire que ma mère m’a offerte. Parfois ma fatou s’offusque de la désinvolture
avec laquelle j’utilise certains objets chargés de magie.
Au début des années soixante, nous rentrons en France. Le climat politique est
tendu et ils craignent les effets du climat tropical sur mon éducation.
J’avais l’habitude de revenir en Béarn tous les étés, avec ma mère et
ses caisses. Les voyages, sur les paquebots de la compagnie Paquet, étaient
joyeusement animés par des soirées dansantes, des concerts et des jeux, du
moins pour ceux qui ne souffraient pas du mal de mer.
En 1961, à leur initiative, fut organisée l’une des premières expositions
en France, à Pau, supervisée par le Musée de l’Homme. De nombreux objets
provenant aussi de différents collections privées (Ratton, Kamer, Rasmussen,Vérité,…)
et de différents musées (du Petit Palais, Musée de l’Homme, de Bordeaux..)
furent prêtés.
La dernière traversée fut triste et l’arrivée en France douloureuse pour
nous trois. Ma mère fut reçue avec dédain par ses collègues de l’Éducation
Nationale. Les responsabilités qu’elle exerçait comme directrice d’école
ne furent pas reconnues et elle devint simple institutrice. Pour ma part, je dépérissais
entre les murs du lycée au milieu de camarades qui n’étaient jamais sorties
de leur province et qui n’avaient aucune curiosité pour le pays où j’étais
née. Heureusement ma mère avait accroché toute la collection de masques dans
la cage d’escalier de notre maison paloise. Dès que j’ouvrais la porte,
leur présence me faisait l’effet d’un attroupement d’amis venus
m’accueillir avec bienveillance. A la mort de ma mère, j’ai continué à
vivre dans mon décor, sans rien changer.
Mes enfants ont grandi en terre africaine au milieu du Béarn.
MICHÈLE DURAND-BARRÈRE
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